Viktors Velicko

Agriculteur

La procession des soixante-dix

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Nous présentons dans cette page les premiers paragraphes du témoignage de Viktors Velicko. La traduction est provisoire et susceptible de changements.

Septembre 1993. Nous étions soixante-dix à nous mettre en procession, les uns derrière les autres, avec le sentiment d’être en train de vivre un rêve. À ce moment là, je ne sais pas pourquoi, je me suis souvenu des mots écrits sur le tableau de mon école, un 26 décembre, alors que je n’étais qu’un enfant :

Voici Viktors,

En train de demander à Dieu la sagesse…

plutôt que de venir en classe !

Sous la phrase, la maîtresse m’avait dessiné, ridiculeusement caricaturé, à genoux, les mains jointes et un visage d’imbécile, en train de regarder le ciel. Tous les enfants riaient, et le directeur de l’école a convoqué ma mère :

- Pourquoi votre fils n’est pas venu à l’école hier ?

- Parce que c’était Noël.

- Quoi ? Si vous prétendez…

- Écoutez monsieur, Viktors est élève de votre école, mais avant tout c’est mon fils. Je m’occupe de lui, je le nourris, et je l’éduque comme je veux. Et je pense continuer à le faire.

Quelques années plus tôt, on l’aurait envoyée en Sibérie. Mais nous étions sous Khrouchtchev, et déjà, on en restait au stade des menaces.

Ma mère était polonaise – il y a beaucoup de polonais par ici – une femme très belle, avec des cheveux blonds, profondément croyante, pieuse et forte. Lorsque j’étais jeune, je passais presque toute la nuit à jouer de l’accordéon, de fête en fête, et en rentrant à la maison, elle me disait : « Tu n’as pas prié ? Tu as oublié de prier, Viktors ? »

Et elle me disait, une fois et une autre, de me chercher une femme prête à avoir tous les enfants que Dieu nous enverrait.

Comme c’est bizarre… C’est justement dans l’une de ces fêtes que j’ai connu ma femme. L’une de ses sœurs avait organisé une fête dans une grange. Des divertissements familiaux, où tout le monde dansait : les vieux, les jeunes, les enfants… Mon père dansa avec elle plusieurs fois, et à la fin, il me l’a présentée en disant :

- Viktors ! Cette jeune fille est très belle et elle danse très bien ! Si tu ne te maries pas avec elle, c’est que tu n’es pas mon fils !

C’était une blague ; mais moi, comme je suis un bon fils… j’ai obéi ! (rires)