Velo Salo

Prêtre au parcours atypique...

Le golfe du Bengale

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Nous présentons dans cette page les premiers paragraphes du témoignage de Velo Salo. La traduction est provisoire et susceptible de changements.

- Voyons : qui sait où se trouve le golfe du Bengale ?

- Moi monsieur ! – dis-je, en levant la main – Au nord-est de l’océan indien !

Mon maître et mes camarades sont restés sans voix. Il n’était pas courant qu’un garçon de mon âge sache cela. Mais j’avais un avantage : mon père, Lalsis Endel et ma mère étaient tous les deux enseignants dans le primaire, et à la maison, on respirait un grand amour pour la culture.

Je ne sais plus quel âge j’avais, mais ce souvenir est resté gravé dans ma mémoire, je ne sais pas pourquoi, ainsi qu’un autre : je me vois à quatre ans, à l’école, transi de froid pendant l’hiver, et emmitouflé sous plusieurs couches de vêtements, comme les autres enfants de ma classe. À cette époque je m’appelais Maple. Maple Endel.
Je suis né le 5 novembre 1925, dans un petit village du conté de Viljandi, au sud de l’Estonie. Mes parents m’ont donné ce nom lorsqu’ils m’ont baptisé dans l’église orthodoxe, l’un des rares grands bâtiments qu’il y avait dans mon village, avec l’école, deux magasins, la mairie et un moulin à vent, qui a disparu aujourd’hui.

J’ai de bons souvenirs de mon enfance. Des souvenirs qui, au fur et à mesure que passe le temps, deviennent plus clairs et plus précis. J’étais un enfant heureux dans un foyer chrétien, où l’on ne parlait pas beaucoup de religion, mais où l’on vivait de nombreuses vertus. L’Estonie avait obtenu l’indépendant à laquelle elle rêvait depuis des siècles, et elle jouissait de la liberté pour la première fois de son histoire.

J’étais l’aîné de quatre enfants, trois garçons et une fille – et dans notre ferme, située pas très loin du village, sur trois hectares de terrain, nous avions tout ce qui pouvait rendre heureux un enfant : trois vaches, plusieurs chevaux, et beaucoup d’animaux, des porcs, des moutons, des dindes, des oies …

À la fin de l’école primaire, mes parents m’ont envoyé au collège de Põltsamaa, à Jogeva, une ville relativement proche de la maison. J’étais interne, et j’ai reçu mes premiers cours de latin, une langue qui aura une importance décisive dans ma vie.

En 1939, j’avais quatorze ans, le malheur s’est abattu de nouveau sur l’Estonie. En octobre, cent vingt cinq mille soldats de l’Armée Rouge ont traversé nos frontières. Mon père fut destitué de son poste de directeur d’école, et notre monde a changé.
Au milieu de l’année suivante, le 16 juin 1940, deux jours après l’occupation de Paris par les troupes allemandes, le gouvernement de Moscou a accusé faussement le gouvernement estonien de conspirer contre l’URSS et a exigé la formation d’un nouveau gouvernement, qui a dû accepter l’occupation de tout le territoire par les forces armées. Que pouvait faire un pays de moins d’un million d’habitants comme le nôtre face à la puissance du géant russe ? Quelques jours plus tard, la République d’Estonie cessait d’exister, et le 6 août, elle devenait, par la force, bien que de façon légale en apparence, la nouvelle République de l’Union Soviétique.

Nous sommes restés sous domination russe jusqu’en 1941, lorsque les troupes nazies – que certains pensaient être nos libérateurs – ont envahi l’Estonie. Assez rapidement ils se sont rendus compte qu’il n’en était rien.

Je continuais mes études au collège, j’y avais quelques bons amis. J’ai fait plusieurs fois la troisième année, non pas parce que j’avais des mauvaises notes, mais parce que chaque nouvel envahisseur changeait les programmes scolaires. Et juste avant de terminer mes études secondaires, comme je savais que j’allais être réquisitionné de force par l’armée allemande – les garçons de mon âge étaient de la chair à canon pour la guerre – j’ai décidé de déserter. Et j’avais pleinement conscience des conséquences de mon acte : la peine de mort.

J’ai intégré, avec d’autres volontaires estoniens, un bataillon qui voulait lutter contre l’Armée Rouge et j’ai réussi à arriver en Finlande. Je savais manier une arme. La majorité des volontaires était très jeune, et nous nous appelions les garçons finlandais. (...)