Stéphanos II

Métropolite orthodoxe de Tallin

Je ne suis pas ici par hasard.

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Nous présentons dans cette page les premiers paragraphes du témoignage de Stéphanos II. La traduction est provisoire et susceptible de changements.

Ma famille, les Charalambides, est originaire de Chypre, une petite île de la Méditerranée, qui depuis des siècles est comme une sorte de pont entre deux mondes. Même si elle est géographiquement située au sud-est de l’Asie, elle appartient pleinement à l’Europe d’un point de vue culturel et politique. Mon père gardait précieusement la tradition orthodoxe de nos ancêtres, qui ont entendu la Bonne Nouvelle au 1er siècle des lèvres des apôtres saint Paul et saint Barnabé, comme on peut le lire dans les Actes des Apôtres.

Plusieurs années avant ma naissance, mes parents se sont installés à Bukavu, capitale du Sud-Kivu, une région africaine à la frontière entre le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie. Le pays s’appelait alors le Congo Belge, et Bukavu, l’ancienne Costermansville, était une ville aussi tranquille que les eaux du Lac Kivu.

Mais lorsque mon pays a changé de nom pour s’appeler le Zaïre, puis la République Démocratique du Congo, Bukavu est devenue, bien malheureusement, le théâtre de haines racistes entre les troupes rebelles et l’armée gouvernementale. De nos jours ma ville est tristement synonyme de tueries, de viols, dans les campements des réfugiés Hutus qui fuyaient le génocide du Rwanda, et synonyme de violence en général.

Lorsque je suis né, le 29 avril 1940, la paix régnait encore à Bukavu. Mon père était profondément chrétien, et m’a transmis sa foi de façon vibrante et intacte : le Christ était la raison, la force et le sens de sa vie. Inversement, et contrairement à ce qui arrive d’habitude, ma mère – une femme bonne et affectueuse – gardait une attitude rationaliste et sceptique vis-à-vis de la religion.

J’ai étudié au collège des jésuites, qui non seulement m’ont aidé à garder la foi, mais l’ont fortifiée, dans un pays où les orthodoxes sont une minorité. Après le Baccalauréat, j’ai pu accomplir mon grand rêve : étudier en Europe. J’ai commencé la première année d’études de médecine à l’université Catholique de Louvain, en Belgique ; mais lorsque j’ai compris clairement que Dieu m’appelait au sacerdoce, j’ai laissé tombé mes études pour m’installer à Paris et suivre des cours de théologie à l’Institut Théologique Saint Serge, où j’ai vécu jusqu’en 1965.

Le « Saint Serge », comme nous l’appelions, avait été fondé dans les années vingt par le métropolite orthodoxe Eulogio Gueorguievsky, et était – et continue de l’être – une référence pour l’Orthodoxie mondiale.

J’ai été ordonné diacre en 1963, et j’ai terminé mes études à la Faculté de Théologie de la Sorbonne. Grâce à Dieu, ma mère a vécu pendant ces années un long processus de transformation spirituelle, au bout duquel elle est devenue une chrétienne convaincue. Dans un certain sens, ce processus s’est achevé le jour de mon ordination sacerdotale, le 17 novembre 1968 : dès lors elle a vécu une vie d’une grande piété, et elle a terminé ses jours au sein de l’Église Orthodoxe, en nous laissant un magnifique exemple de mère et de chrétienne.

Mes premières années en tant que prêtre ont été remplies d’activités pastorales. La société française, qui vivait au rythme du récent mai 68, se déchristianisait lentement. Ce fut une époque de grands changements politiques et culturels. En 1972, j’ai été nommé protosyngellos (vicaire épiscopal).

Quinze ans plus tard, j’ai été ordonné évêque de Naziance. À cette époque, j’habitais Nice où, en plus de m’occuper des fidèles orthodoxes de la région, j’étais secrétaire de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France ; je faisais aussi des cours de patrologie au séminaire catholique, et je m’occupais des questions en rapport avec la télévision et la radio, en tant que Président de la commission pour les moyens de communication des églises orthodoxes de France.

Ma vie a pris un nouveau tournant, assez radical, le 9 mars 1999, lorsque le Congrès de l’Église Orthodoxe d’Estonie – un pays qui m’était inconnu – m’a élu Métropolite.

Et je suis allé vivre à Tallin, une ville surprenante pour un homme aux racines méditerranéennes comme moi, né en Afrique, et ayant étudié à Louvain et à Paris. (...)