Konstantins Bojars

Prêtre

La terre est remplie de son amour

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Nous présentons dans cette page les premiers paragraphes du témoignage de Konstantins Bojars. La traduction est provisoire et susceptible de changements.

J’ai vu passer les chars russes en direction de Riga, sans que personne ne s’y oppose. La Lettonie, les lettons, sont restés paralysés. Ce fut une grande erreur. « Ils nous ont occupés ! » dit-on maintenant. Et je me demande : « Qu’avons-nous fait pour les en empêcher ? » Rien.

Ce fut une erreur. Ils ont fusillé ou déporté les hauts responsables de l’armée.

Puis vinrent les nazis.

À cette époque, j’envisageais de devenir prêtre. Mes parents étaient d’accord, mais comme à Redzekne tout le monde me connaissait, en 1949, j’avais dix-sept ans et je suis parti pour Riga, pour étudier avec l’évêque.

Le séminaire était clandestin : ma famille et l’évêque étaient les seuls à savoir pourquoi et dans quel but je me trouvais là.

Ce séminaire avait peu de moyens matériels. Et il est passé par diverses péripéties : on l’a fermé, on l’a ré-ouvert, et on l’a changé d’endroit, au fur et à mesure que la situation politique évoluait. Lorsque les soviétiques sont revenus, l’évêque a décidé d’ordonner plusieurs diacres et quelques séminaristes des dernières années d’étude.

De toute façon, il était facile pour le gouvernement de dissoudre le séminaire : il suffisait de nous appeler les uns après les autres et de nous envoyer à l’endroit le plus reculé possible de l’URSS. Quelques-uns, comme moi, ont fait le service militaire dans un village de Russie où l’on construisait la ligne de chemin de fer entre Moscou et Vorkuta. Il faisait un froid terrible, qui descendait jusqu’à moins cinquante degrés. C’était supportable, parce qu’il s’agissait d’un froid sec, mais il fallait toujours bouger, pour ne pas être congelé sur place.

Face à tout cela, on comprend que ma formation sacerdotale fut précaire et agitée. Mais dans de telles conditions, il était pratiquement impossible de faire mieux ; nous ne pouvions pas voyager, ni sortir du pays, ni entrer en contact avec d’autres catholiques. En 1958, à vingt-six ans, j’ai reçu l’ordination sacerdotale. J’ai exercé mon ministère pendant cinq ans, dans une période extrêmement difficile pour l’Église.

J’ai eu une crise de vocation en 1963, et j’ai abandonné le sacerdoce.

En 1969, j’ai obtenu un diplôme universitaire en Droit, et j’ai commencé à travailler comme procureur. J’ai intégré les services de la brigade criminelle. Cette précision est importante : criminelle. Les dissidents politiques, les chrétiens – catholiques, orthodoxes, protestants – qui s’opposaient au régime pour des raisons religieuses n’étaient pas de ma compétence. Le Comité pour la Sécurité de l’État s’occupait d’eux. Ces personnes n’étaient pas de mon ressort, et je ne pouvais rien faire pour elles non plus. Mes fonctions étaient celles de n’importe quel procureur : diriger les enquêtes dans les affaires de vols, de viols, et d’assassinats. A l’époque, il n’y avait pas encore de tueurs à gage ni d’assassinats commandités : tout cela viendra plus tard.

Les huit premières années, j’ai travaillé au sein du Ministère. Puis j’ai voyagé dans différentes régions de la Lettonie, pour traquer les coupables dans plusieurs affaires. Ces recherches étaient longues, et duraient parfois deux ou trois ans : des personnes ivres qui tuaient leurs épouses au cours d’un moment de folie, des femmes qui empoisonnaient leurs maris par jalousie ou par vengeance… (...)