José Maria Camean

Professeur de théâtre

Un argentin en Estonie

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Nous présentons dans cette page les premiers paragraphes du témoignage de José Maria Camean. La traduction est provisoire et susceptible de changements.

Je suis argentin et j’habite en Estonie depuis de nombreuses années. À cause de ma connaissance de la langue et de mon amitié avec quelques journalistes, lorsque le pape François a été élu le 13 mars 2013, on m’a demandé de participer à plusieurs interviews à la radio et à la télévision. J’ai été interviewé par une chaîne d’information en langue russe, par la radio Viker, par Klaasika et par une autre radio d’information nationale. En plus des questions auxquelles on pouvait s’attendre – est-ce que je connaissais le nouveau pape avant de venir en Estonie (je ne le connaissais pas) – on m’a posé des questions plutôt déconcertantes :

- Quels sont les projets du pape pour l’Église ?

C’est que je ne suis pas l’Esprit Saint, pensais-je au fond de moi, tout en essayant de me sortir de ce mauvais pas.

L’intérêt et la sympathie suscités par la figure du pape François chez les estoniens m’ont franchement surpris, surtout en pensant que dans ce pays, les catholiques sont une minorité, et que la majorité de la population a été formée dans l’idéologie d’un régime « qui s’est plus préoccupé de faire pousser les goulags que le blé, et de produire des cadavres plus que des biens de consommation ». Plus encore, il a essayé d’étouffer – sans y parvenir – la vie spirituelle du peuple.

J’ai été très heureux de voir ce même intérêt chez mes élèves, parmi lesquels, là encore, il y a très peu de catholiques. Je suis professeur dans une école promue, avec d’autres personnes, par Lembit Peterson , un directeur de théâtre et un acteur très connu en Estonie.

Ce travail est un vrai challenge pour n’importe quel professeur, parce que les élèves « artistes » de ma classe – certains étudient la peinture, la musique, ou a sculpture – sont plutôt renfermés, timides et introvertis, alors que ceux qui étudient le théâtre sont toujours exultants, joueurs, et ne tiennent pas en place.

Ils ignorent quasiment tout de la foi ; en même temps, ils manifestent un intérêt sincère et profond pour trouver la vérité, intérêt qui fait souvent défaut chez les jeunes dans les pays de vieille tradition chrétienne. Je constate que les paroles du pape François s’accomplissent au pied de la lettre chez mes élèves estoniens : ils sont très reconnaissants qu’on leur parle du Christ dans leur vie quotidienne, dans les « périphéries » où ils vivent, en partageant avec eux cette vie quotidienne, leurs peines, leurs joies, leurs angoissent et leurs espérances.

Ils savent que je suis catholique, et souvent ils me posent des questions. Grâce à Dieu, nous avons créé entre nous un climat de confiance sincère, qui nous permet de parler en toute liberté, tout en nous respectant mutuellement. En plus d’être leur professeur – très exigent, selon eux – je mets les moyens pour être leur ami en dehors des classes : nous avons nos plans communs, nous jouons de la guitare, nous organisons des barbecues ou des fondues au chocolat, nous faisons du patin à glace ou des parties de laser game… Je les accompagne aussi dans des œuvres de charité ; par exemple, nous préparons ensemble des repas pour des pauvres dont s’occupent les Missionnaires de la charité de Mère Térésa.

Cette confiance réciproque se manifeste de mille manières : je me souviens qu’un jour, toute la classe est venue chez moi par surprise – j’habite dans un centre de l’Opus Dei – tous déguisés ; d’autres sont allés saluer mes parents, qui étaient venus me voir depuis l’Argentine. Nous avons fait plusieurs excursions ou pèlerinages à des sanctuaires mariaux – chose qui leur a beaucoup plu, même si la plupart n’est ni catholique ni croyant – spontanément, des questions sur la foi et la religion surgissent régulièrement au cours des conversations.