Iveta

Médecin militaire

Lieutenant de l’Armée Rouge !!

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Nous présentons dans cette page les premiers paragraphes du témoignage de Iveta. La traduction est provisoire et susceptible de changements.

Les parents ne devraient jamais survivre à leurs enfants. Ma fille est morte il y a trois ans, en pleine jeunesse, à vingt et un ans. La souffrance est si grande que tu as du mal à t’en sortir ; à mon avis, je pense que les mères n’y arrivent jamais : nous allons de l’avant, nous l’acceptons et nous apprenons à vivre avec notre douleur ; mais la souffrance est bien au fond de toi et chaque photographie, chaque anniversaire, chaque souvenir est un nouveau coup et une nouvelle épreuve pour ta foi.

Et tu te demandes : « Quel sens a tout cela ? Pourquoi moi ? »

Lorsque ma fille est morte, je me suis effondrée, bien que je sois une personne avec un caractère fort. Ma mère disait que quand j’étais petite, j’étais une enfant sauvage, et que je lui faisais penser à elle au même âge. Cependant, comparée à la sienne, mon enfance fut un vrai chemin de roses. Je jouais à la poupée et je rêvais d’écrire des romans, comme toutes les petites filles ; le problème, c’est que tous mes voisins étaient des garçons, et faute d’amies, je suis allée avec eux pour jeter des pierres et me battre contre les garçons des autres bandes. Même si la question de « l’enfant sauvage » devait tout de même avoir un certain fondement, parce qu’une fois nous avons surpris un voleur, nous l’avons poursuivi – moi la première – et nous l’avons empêché de s’échapper.

De fait, je n’étais pas une petite fille « timide et craintive ». Mais les ressemblances s’arrêtent là.

Ma mère était orpheline de père, et elle a passé son enfance à Kul. C’est là qu’eurent lieu les batailles les plus sanglantes entre les nazis et les communistes. Lorsque l’histoire officielle raconte ces évènements, elle décrit les forces en présence, elle commente les stratégies, elle parle des difficultés rencontrées, et elle passe à la bataille suivante. Mais lorsque tu vis cela de près, comme ce fut son cas, et que tu vois de tes propres yeux mourir tant de soldats, jeunes pour la plupart, cela change la donne. Et tu n’oublies pas.

Mon père était professeur de gymnastique. C’était un homme grand, mince, avec les yeux bleus presque gris, et les cheveux blonds caractéristiques des lettons. Il avait un dos large et des épaules immenses de nageur. Ma mère était également enseignante, ce qui signifie que les deux étaient membres du Parti, parce que l’on ne pouvait pas enseigner sans l’être.

Je ne sais jusqu’à quel point ils étaient des communistes convaincus, parce qu’une fois, alors que nous nous promenions dans un bois, au milieu de la nature, j’ai demandé à mon père :

- Papa, est-ce que Dieu existe ?

Il a regardé le paysage sublime autours de nous, et il a hoché la tête en signe d’approbation. Rien de plus.

De toute façon, Dieu était un sujet tabou à la maison.

En 1987, lorsque je suis allée étudier à Riga à la Faculté de Médecine – qui s’appelait à l’époque faculté de Médecine et de Guerre – ces questions ne m’intéressaient pas. Les cours de médecine étaient en letton, et les cours militaires étaient en russe, parce que cette formation faisait partie de la formation pour l’Armée.

De fait, j’ai passé mon diplôme de médecin militaire de l’Armée Rouge, avec le grade de lieutenant. (...)