Andrius Navickas

Directeur de journal

Qu’est-ce que nous faisons ?

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Nous présentons dans cette page les premiers paragraphes du témoignage de Andrius Navickas. La traduction est provisoire et susceptible de changements.

(Après les présentations et les salutations, à la porte de son bureau de directeur du journal)

– Entre, entre. On m’a dit que tu avais déjà parlé avec Tamkevicius et d’autres…

– Ça alors ! Tu es bien informé ! On voit que tu es directeur d’un journal…

– (Rires). Non, non, ce n’est pas pour cette raison. Pas uniquement pour cette raison. Dans un pays comme le nôtre, avec trois millions d’habitants, c’est facile d’être au courant. Assoies-toi où tu veux. Tu peux mettre le magnétophone ici. Ensuite je te parlerai de notre édition numérique. Mais… attends, je vais demander que l’on nous apporte quelque chose. (Il sort et reviens quelques minutes plus tard). De quoi veux-tu que nous parlions ? J’imagine que tu ne veux pas une autre histoire de Sibérie…

– Toi aussi tu es né là-bas ?

– Non, je suis de 72. Mes parents ont été déportés, et lorsque je suis né, cela faisait déjà partie du passé. Ils m’ont baptisé, bien qu’ils n’étaient pas spécialement croyants parce que, comme beaucoup de lituaniens, ils avaient une attitude ouverte vis-à-vis de la religion. Mais ce n’était qu’une attitude ; pas beaucoup plus. C’est pourquoi je suis jaloux de vous qui êtes nés et qui avez grandis dans des pays où il y a la liberté religieuse… Chez moi, on ne m’a pas donné de raisons, ni d’arguments pour croire, il n’y avait pas de livres dans lesquels je puisse conforter ma foi. Ils m’ont appris les dix commandements, deux ou trois prières, et point… tout cela était un peu léger, presque nul. J’aurais aimé avoir une expérience de Dieu un peu plus profonde pendant mon adolescence. J’allais à la Messe, mais pas toujours. Bon, mais de quoi veux-tu parler ?

– De ce que tu veux. De ton expérience personnelle, du panorama actuel du catholicisme en Lituanie…

– De mon expérience personnelle… J’ai au ma crise, comme tout le monde, jusqu’à ce que tu comprennes que ce sont des cadeaux que Dieu te fait pour que tu grandisses dans la foi. Mais je préfère que nous parlions de la Lituanie. Mon point de vue est celui d’un philosophe, parce que mon incursion dans ce monde de la communication est relativement récente. Je te fais mon curriculum : j’ai étudié la philosophie à Vilnius, et j’ai soutenu ma thèse de doctorat sur les droits humains en philosophie politique contemporaine. J’ai fais partie de plusieurs ONG et de quelques associations qui agissaient pour la société civile, mais je n’ai milité dans aucun parti. Je n’ai appartenu à aucun groupe de l’Eglise. Je dois une grande partie de ma formation spirituelle à un prêtre, Kestutis Dvareckas, qui m’a beaucoup aidé en tant que prêtre et ami. C’est grâce à lui que j’ai connu Dieu et que j’ai pris conscience de mes péchés.

Cette autoconnaissance est très importante, parce que tu sais que nous, les intellectuels, nous sommes particulièrement tentés par la vanité ; et si tu es chrétien, encore plus, parce que tu as la tentation de te considérer meilleur que le reste, et tu finis par penser que tu n’as pas besoin de te convertir, comme le fils aîné de la parabole ; et même tu en arrives à penser que tu as le droit d’être remercié lorsque celui qui était loin prend le chemin du retour… Oui, ça c’est la grande tentation : oublier que nous sommes pécheurs, et que notre chemin est toujours celui du fils prodige. Bon, mais j’allais te parler de la Lituanie… (Il reste en silence pendant quelques secondes).

… De toute façon, mon jugement sur l’état actuel du catholicisme dans ce pays est personnel, très personnel ; et tout ce que je dis, j’essaye – au moins je devrais essayer – de me l’appliquer à moi-même ; tout spécialement lorsque je te parle de nos faiblesses. (...)